Publié le mardi 9 juin 2009

Réflexions du fauteuil : un mauvais plan pour un Québec souverain

09 06 2009

Pauline Marois a présenté son Plan pour un Québec souverain dimanche à l'occasion d'une conférence de presse. La stratégie officielle a comme objectif d'aller chercher le maximum de pouvoir avant un éventuel référendum. Personne n'est contre la vertu, mais voyons point par point ce dont il s'agit.

Le PQ veut stopper les incursions du fédéral dans les champs de compétences provinciales en santé, en éducation et dans les affaires sociales. C'est ce qu'ont voulu faire tous les gouvernements du Québec depuis la Révolution tranquille. On ne peut pas empêcher le fédéral de créer des programmes nationaux surtout que souvent, ce sont les provinces qui le demandent. C'est ça une confédération et ça implique une négociation continuelle entre les différents paliers de gouvernement.

Le PQ veut évacuer le fédéral des champs de compétence partagés dans l'environnement, l'agriculture, la culture, les communications, l'intégration des immigrants et la perception des impôts. Je vais essayer de faire ça court. Si vous êtes pressé, allez lire la conclusion tout de suite. Avant de commencer, il est important de dire que même si le Québec était indépendant, il faudrait qu'il s'asseye avec le Canada pour discuter d'intérêts communs sur la plupart des sujets dont il est question ici.

L'environnement est un problème planétaire et global qui ne peut pas être réglé localement. Même si le Canada et le Québec appliquaient Kyoto à la lettre, la situation ne s'améliorerait pas beaucoup si les États-Unis ne le faisaient pas. S'il fallait en plus que chaque province agisse sans tenir compte de ses voisins, on ne s'en sortirait pas mieux.

En agriculture, le Québec est loin d'être autosuffisant. Nous consommons du bœuf de l'ouest, des patates de Terre-Neuve, du saumon du Pacifique et du Homard du Nouveau-Brunswick. Rien de plus normal que d'avoir des politiques nationales et une stratégie globale en la matière.

En culture, les institutions fédérales ont souvent très bien servi les Québécois et je ne parle même pas de Radio-Canada ou de l'ONF qui ont participé à la Révolution tranquille. Les artistes ont toujours profité de la dualité que fait que si la SODEC ne finance pas un film, il y a des chances que Téléfilm Canada le fasse. Michel Tremblay a vendu ses manuscrits aux Archives nationales du canada parce que les conditions étaient meilleures que celles offertes par Québec.

Les communications sont sans doute un domaine où Québec pourrait avoir ses propres règles. Mais c'est sans doute l'industrie qui s'y opposerait pour ne pas avoir à composer avec des règlements différents et nécessairement coûteux qui devraient de toute façon être assumés par les consommateurs québécois. C'est faisable, mais est-ce souhaitable?

Je voudrais rappeler que c'est le PQ qui a coupé les budgets des cours de français destinés aux immigrants. Je crois qu'en matière d'intégration, il n'a de leçon à donner à personne.

Québec voudrait percevoir tous les impôts pour ensuite remettre sa part au fédéral. Selon Mme Marois les Québécois seraient mieux servis ainsi. Je ne suis pas d'accord. Selon mon expérience et celle des gens que je connais, le fédéral est beaucoup plus efficace. Depuis des années, mon rapport électronique d'impôt fédéral est traité en moins de deux semaines alors que j'attends encore des nouvelles de Québec deux mois après l'avoir soumis. Dans tous les domaines, la fonction publique québécoise n'a jamais fait la démonstration qu'elle était plus efficace que celle du fédéral.

Le PQ veut aussi améliorer la loi 101, l'enseignement de l'histoire et adopter une constitution et une citoyenneté québécoise. Ce sont des choses que n'importe quel gouvernement québécois peut faire aujourd'hui à l'intérieur du Canada.

Si vous vous êtes rendus jusqu'ici, vous vous rendez sans doute compte comme moi que ce plan pour la souveraineté est une fumisterie. La stratégie sous-jacente vise à créer des occasions d'affrontements avec Ottawa sur plusieurs fronts simultanément pour préparer le terrain à un référendum gagnant. Le PQ ne se rend pas compte que nous sommes immunisés contre les conflits avec le fédéral parce que ça fait des décennies que ça dure et ça ne nous empêche plus de dormir depuis longtemps. Nous voulons plus de pouvoir, mais pas au point de nous séparer.

Un sondage récent a révélé que les Québécois sont en grande majorité très heureux dans la vie. Tant que le PQ ne sera pas capable de faire la démonstration qu'il y a plus de bonheur dans la souveraineté, nous n'embarquerons pas dans une aventure pleine d'incertitudes. Et cela n'a rien à voir avec l'adresse sur l'enveloppe de nos rapports d'impôt.